Jul the wanderer & le sketch du retour à l’emploi

Où l’on se pose de sérieuse question sur l’intelligence

Jeudi 18 novembre 2010, par julien // Nombrilisme
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Pôle emploi, quelle merveille, ses prestations personnalisées d’accompagnement au retour à l’emploi, son ambiance. Aujourd’hui première réunion sous traitée à un agent privé, et le retour de la motivation ... à rire.

Oh dieux des cieux, je ne savais pas ses les réunions étaient un enchainement de gag ! Ma côte fêlée lors de mon dernier pogo a failli casser.

Le nawak style

15 minutes de présentations, 10 minutes de « notre cœur de métier, l’appel d’offre que nous avons remporté, et pourquoi c’est bien pour vous », 15 minutes d’entretien personnalisé.

Face à cela, je me suis demandé si hare krishna ou les témoins de Jéhova n’auraient pas été plus indiqués pour cette mission de mantra assommante.

Arrive le point crucial : nous allons vous aider à définir votre profil afin que les entreprises vous appellent.

Les RH : ces gens qui ne savent rien de vous, mais connaissent déjà tout de vous

100% des personnes présentes sont déjà en train de passer des entretiens, notre seul difficulté réside dans l’arbre des questions réponses standardisées à savoir quelles réponses données pour ne pas être éliminées par les RH et passer le barrage des entretiens métier. On est tous confiant dans nos capacités, on aimerait juste connaître comment répondre à des questions aussi pertinentes que :

- travailler 76 heures par semaines, est-ce que ça vous dérange ?
- où serez vous dans 5 ans ?
- comptez-vous vraiment avoir une vie familiale et vivre en dehors de l’entreprise ?
- êtes vous prêts à signer ce contrat de travail avec votre sang pour prouver votre appartenance corps et âmes aux valeurs de notre entreprise ?
- et les chiens ? Vous aimez les chiens ?

Oh ... vous comprenez mon bon monsieur, on vérifie juste que vous pouvez vous intégrer à l’entreprise. Mon ancien métier c’était RH.

Regardons calmement : on a un métier que l’on sait exercer, mais on ne peut pas discuter avec les opérationnels tant que l’on ne passe pas l’entretien RH. Un métier implique de construire une expérience qui nous permet de faire des choses complexes non apprenables à l’école et difficilement évaluable sauf par nos paires. Mais avant même de pouvoir être évaluer sur cela on doit passer un entretien pièce de théâtre dont seul le ou la RH a le script, et l’on doit lire ses pensées pour pouvoir être évaluer .... par des personnes ayant comme honneur de ne pas connaître le métier pour lequel ils embauchent.

Messieurs dames les RH j’ai fait des études pour être scientifique (donc plutôt rationnel) pas des études de voyance option télépathie.

Et cela semble au vu des expérience des autres péquins présents notre plus gros soucis. Probablement l’économie française prépare une offensive économique basée sur l’occulte, l’invocation de démon mineurs, l’espionnage industriel par télépathie. Malheureusement, mis à part les RH personne ne semble au courant.

Le gag de : je sais ce qui est bon pour vous, mais je ne sais pas pourquoi

Sentant l’ennui me gagner ... à l’affirmation que redéfinir notre profil pouvait nous aider à trouver plus facilement je leur ai tenu le discours suivant :

Je constate peut être à tort que les techniciens supérieurs que je connais ont une rémunération horaire et une stabilité supérieure, avez-vous des chiffres me permettant de pouvoir prendre les bonnes décisions pour me ré-orienter ? D’ailleurs, si il faut devenir maçon, assistant aux vioques, déboucheurs de fosses septiques pour gagner plus en travaillant moins, je suis prêt à le faire et je le ferais.

Avez vous les chiffres de l’offre, de la demande, des salaires, des horaires et de la stabilité par professions ?

Je me suis vu retourné un sourire gêné et une réponse byzantine qui en substance est la suivante : « nous avons fait faire les études par des gens doué sur votre secteur d’activité pour le reste nous n’avons pas de données ». Bref, je suis trop con pour faire ce que j’ai appris à la fac et en informatique.

J’ai demandé si on pouvait avoir accès aux données brutes (récoltées par les ASSEDIC/l’INSEE) payées par nos impôts pour justement pouvoir avoir ses informations, et il m’a été rétorqué que non ces données ne sont pas disponibles.

J’ai pas besoin de sortir de polytechnique pour chercher le salaire horaire maximum par métier avec la variance, ainsi que la durée moyenne d’embauche (une bête requête SQL de 5 lignes devrait le faire). Donc, ces données je peux les exploiter pour mon intérêt personnel (gagner plus en travaillant moins) et celui de ma très chère nation en allant vers un marché où l’économie a besoin de moi ! Moi j’appelle ça s’adapter rationnellement au marché du travail comme on me le demande.

Sur le marché du travail, seules les entreprises et l’état connaissent les prix, l’offre et la demande et nous les travailleurs non. Une asymétrie évidente de l’information qui nous empêche de négocier, et de nous adapter à l’offre. Croyez-moi le mythe UMP de l’informaticien à 5 000€ par mois est loin d’être la réalité.

Quand je dis que je suis prêt à devenir déboucheur de fosses septiques si je gagne plus en travaillant moins, je suis sérieux. Le boulot me sert à financer ma vie, ma vie ne sert pas à financer les marges des entreprises.

Vous pensez qu’en une demi heure on ne peut pas enchaîner les gags ... détrompez vous ...

Le gag des SSII et des voleurs de poules

Quand j’ai dit que je refusais systématiquement les offres des SSII, la dame m’a regardé bizarrement, et je lui ai demandé : sachant que l’on me propose que des missions longues (2 ans et plus) alors on caractérise d’office le délit de marchandage qui est suffisamment grave pour être passible d’une condamnation au pénal, je ne vais pas me rendre complice d’un délit à moins que ce délit ait été abrogé. En tant que complice (car je suis au courant de quelque chose d’illégal que je ne dénonce pas) je peux moi même être condamné. Et, il se trouve que je n’y tiens pas : c’est mon coté conformiste.

Là, la RH m’a regardé et m’a dit : mais il faut bien vivre.

Je lui ai demandé si pôle-emploi me financerait dans ce cas là si je montais mon entreprise de vol de voiture, et elle m’a dit que non car ce n’était pas bien.

Donc si j’ai bien compris, j’ai pas le droit de commettre un délit pour vivre, mais une entreprise à le droit de violer la loi pour faire des profits... encore une preuve de la rationnalité comme handicap à l’embauche.

Le gag des injonctions contradictoires

Un jour, je raconterais mon histoire mais là n’est pas le propos. Ayant été à mon compte, j’ai du accepter beaucoup de missions courtes pour vivre.

Or, le CV doit :

  1. faire une page ;
  2. ne pas avoir de trou dans les dates ;
  3. donner des indications de secteur dans lesquels on a travaillé ;
  4. donner des exemples concrets de fonctions assummées ;

Et la RH m’a dit, mais votre CV on ne peut pas le lire. En tant que RH, ce genre de CV je les mets à la poubelle. Moi de répondre, mais si je fais une page (règle éliminatoire de facto) alors je viole toutes les autres règles éliminatoires.

Mais juste What The Fuck ! La fille qui doit m’accompagner pour retrouver un emploi a admis implicitement qu’avec mon CV je n’avais aucune chance de retrouver un emploi ! Bon, de toute façon j’aime trop l’absinthe et le champagne pour ne pas retrouver de boulot.

Donc voici mon CV d’une page spécial pour pole emploi :

CV : pompier informatique

Ayant été banlieusard, j’ai su -au vu du manque de confiance qu’inspire cette origine infâmante- m’adapter en écoutant les lois du marché : j’ai accepté tous les boulots dont personne ne voulait, qui était risqués et qui ne rapportait aucune gloire (sinon les entreprises ne l’auraient pas sous-traité).

Pour cela j’ai appris 13 langages de développement, 4 bases de données, 6 OS, 5 méthodologies, le fonctionnement d’une quinzaine de services systèmes, autant de logiciels métiers et j’ai assumé toutes les fonctions proposées de développeurs à consultant en passant par administrateur système et bobologue.

Bref, je suis hyper agile, libérale, corvéable et taillable à merci.

1998 - 2002 SSII SSLL factotum informatique exploité par son boss.

2004 - 2010 Freelance factotum informatique exploité par le client qui oublie de régler les factures — et donc finançant les profits des SSII (intermédiaires) en me ruinant par amour du libéralisme.

Diplôme : Pas une grande école donc non éligible à une poste à responsabilité où l’on fait du powerpoint toute la journée avec un bon salaire (je connais ma place).

Handicaps :
- (invalidité à 50% ouvrant un emploi financé par la COTOREP) Universitaire scientifique porté sur la rationalité.
- (invalidité à 50% ouvrant un emploi financé par la COTOREP) tient au respect de la loi par tous.

Hobby : rester de 21h00 à 2h00 au travail sans être payer pour l’amour de l’entreprise.

Conclusion

Dans les 9 mois que vont durer cette prestation, j’espère changer et faire amende honorable afin de devenir employable. J’espère que le pôle emploi m’aidera à trouver le chemin de la normalité. J’espère que ce texte ne sera pas lu, surtout pas les employeurs et le pôle emploi. J’espère trouver l’illumination qui fera de moi le parfait travailleur. J’espère pouvoir avoir un salaire suffisant pour consommer, m’endetter afin d’améliorer ce monde qui est pourtant si bon. J’espère que mes cheveux vont repousser, et le retour de l’être aimée.

Bref, j’espère devenir le parfait employé modèle, et mes amis prions ensemble Hermès qu’il accomplisse ma supplique.

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